Poser du carrelage sur du carrelage inconvénients : ce qu’il faut vraiment savoir

Poser du carrelage sur du carrelage fait gagner du temps et évite des travaux lourds, mais cette solution n’est pas sans risques. Vous vous demandez surtout quels sont les inconvénients, les erreurs à éviter et dans quels cas cette méthode n’est pas adaptée. La surépaisseur créée, les problèmes d’adhérence et les risques d’humidité sont autant de points à examiner avant de vous lancer. Ce guide vous aide à décider en connaissance de cause et à identifier les situations où cette technique peut vous coûter plus cher qu’une dépose complète.

Peser les vrais inconvénients avant de poser carrelage sur carrelage

poser du carrelage sur du carrelage inconvénients problèmes support et humidité

Avant de vous lancer, il est essentiel d’identifier clairement les limites techniques et pratiques de la pose d’un carrelage sur un ancien revêtement. Les inconvénients ne se résument pas à l’esthétique : ils touchent aussi la sécurité, la durabilité et parfois la conformité. Cette partie vous donne une vision rapide des risques principaux pour savoir si cette solution est pertinente chez vous.

Hauteur de sol, seuils et portes : une surépaisseur loin d’être anodine

Ajouter un carrelage sur un autre crée une surépaisseur comprise généralement entre 8 et 15 millimètres, selon l’épaisseur de la colle et du nouveau carreau. Cette élévation peut rapidement devenir problématique dans plusieurs situations. Les portes intérieures frottent sur le nouveau sol et doivent être rehaussées ou rabotées, ce qui demande un travail supplémentaire. Entre deux pièces dont une seule a été carrelée, vous créez une différence de niveau qui forme une marche et représente un réel risque de chute, particulièrement pour les personnes âgées ou les enfants.

Les seuils de portes-fenêtres posent un autre souci : les normes de construction imposent que le niveau intérieur soit légèrement plus haut que l’extérieur pour éviter les infiltrations d’eau. En ajoutant du carrelage, vous pouvez inverser cette pente ou créer un seuil trop haut, ce qui compromet l’évacuation des eaux de pluie. Dans les couloirs et zones de passage, vérifiez aussi la hauteur sous plinthes électriques, radiateurs et meubles encastrés, qui peuvent tous poser problème après la pose.

Adhérence, fissures et décollements : pourquoi le support d’origine est crucial

Si l’ancien carrelage n’adhère pas parfaitement à sa chape, le nouveau finira tôt ou tard par fissurer ou se décoller. Le principe est simple : vous ne posez pas sur du carrelage, mais sur l’ensemble de la structure sous-jacente. Un seul carreau qui sonne creux ou qui bouge légèrement sous le pied indique un décollement partiel. En ajoutant un nouveau revêtement par-dessus, vous transférez les contraintes mécaniques à cette zone fragile qui finira par céder.

Les fissures dans l’ancien carrelage sont également préoccupantes. Elles révèlent souvent des mouvements de la chape ou des problèmes structurels plus profonds. Recouvrir ces fissures ne les fait pas disparaître : elles continueront à travailler et se répercuteront sur le nouveau carrelage dans les mois qui suivent. Un diagnostic du support est donc indispensable. Tapotez chaque carreau avec un maillet en caoutchouc : un son clair indique une bonne adhérence, tandis qu’un son mat révèle un vide. En cas de doute ou de surface abîmée sur plus de 10% de la surface, la dépose reste la meilleure option.

Problèmes d’humidité et de salle de bains : quels risques pour votre support

En pièce humide, poser un carrelage sur un autre peut piéger l’humidité et aggraver des infiltrations invisibles. Les joints d’un ancien carrelage de salle de bains, même s’ils semblent en bon état, laissent souvent passer de fines quantités d’eau qui s’infiltrent vers la chape. Avec un revêtement classique, cette humidité peut s’évaporer par en dessous ou par les joints. En ajoutant une nouvelle couche étanche par-dessus, vous créez un piège à eau.

Cette humidité emprisonnée ne peut plus sécher correctement. Elle stagne dans la chape, favorise le développement de moisissures et peut dégrader progressivement le support. Vous remarquerez parfois des odeurs persistantes, des taches sombres qui apparaissent par transparence ou un carrelage qui se décolle par plaques. Dans les douches italiennes ou les zones directement exposées aux projections d’eau, ce risque est maximal. L’étanchéité doit être entièrement repensée avec une membrane adaptée avant de poser le nouveau carrelage, ce qui annule une partie du gain de temps recherché.

LIRE AUSSI  Toupie à béton : prix, fonctionnement et conseils pour bien choisir

Comprendre quand cette technique de pose n’est pas adaptée

Même si beaucoup d’articles vantent la solution « carrelage sur carrelage », elle n’est pas universelle. Certaines configurations, contraintes structurelles ou normes rendent cette technique déconseillée, voire impossible. Cette partie vous aide à repérer les situations à risque où la dépose et une remise à niveau complète sont plus raisonnables.

Dans quels cas vaut-il mieux retirer l’ancien carrelage complètement

Lorsque le carrelage est très fendu, bouge sous le pied ou présente de larges zones sonnant creux, le recouvrir n’est pas une bonne idée. En le conservant, vous ne faites que masquer un problème qui réapparaîtra sous forme de fissures dans le nouveau revêtement, généralement dans les six à douze mois suivant la pose. Il est alors plus sûr de tout déposer, d’analyser la chape et de repartir sur une base saine.

Certains signes ne trompent pas. Si vous constatez plus de cinq carreaux descellés dans une pièce, des flaques qui stagnent anormalement ou des différences de niveau supérieures à 5 millimètres entre carreaux, la dépose s’impose. De même, si l’ancien carrelage date d’avant 1990 et que vous ignorez ce qu’il y a dessous, mieux vaut vérifier l’état de la chape. Les anciennes poses utilisaient parfois des mortiers peu résistants ou des techniques qui ne respectent plus les normes actuelles. Investir dans une dépose vous donne aussi l’occasion de refaire l’étanchéité, de passer des gaines ou de corriger des défauts de planéité.

Pose sur plancher chauffant existant : prudence avec les couches successives

Superposer les couches de revêtement sur un plancher chauffant modifie la diffusion de la chaleur et les contraintes mécaniques. Chaque millimètre supplémentaire augmente l’inertie thermique, ce qui signifie que votre chauffage mettra plus de temps à monter en température et consommera davantage d’énergie. Les planchers chauffants électriques sont particulièrement sensibles à ce phénomène : une surépaisseur de 10 millimètres peut augmenter le temps de chauffe de 20 à 30%.

Les contraintes thermiques posent aussi problème. Un plancher chauffant subit des cycles de dilatation et de rétractation constants. En ajoutant une couche supplémentaire, vous multipliez les interfaces entre matériaux aux coefficients de dilatation différents. Les risques de fissuration augmentent, surtout si la colle n’est pas spécifiquement conçue pour ce type d’installation. Vérifiez impérativement que votre mortier-colle est classé C2S1 ou C2S2, avec une déformabilité adaptée aux planchers chauffants. Le nouveau carrelage doit aussi présenter un coefficient de résistance thermique compatible, généralement inférieur à 0,15 m²K/W.

Rénovation en appartement : poids, isolation phonique et contraintes de copropriété

En immeuble, ajouter un nouveau carrelage sur l’ancien augmente la charge permanente sur la dalle. Un mètre carré de carrelage avec sa colle pèse entre 20 et 30 kilogrammes. Sur une surface de 40 mètres carrés, vous ajoutez donc 800 à 1200 kilos à la structure. Même si une seule rénovation ne fait pas s’écrouler l’immeuble, les normes de construction limitent la charge totale admissible par les planchers.

L’isolation phonique est souvent le point bloquant. La plupart des règlements de copropriété imposent un niveau d’isolation aux bruits d’impact, mesuré en décibels. Poser du carrelage sur du carrelage crée une surface dure et rigide qui amplifie la transmission des bruits vers les appartements du dessous. Pour respecter les normes, vous devriez installer une sous-couche acoustique, ce qui ajoute encore de la hauteur et annule l’avantage de rapidité. Avant de démarrer, consultez le règlement de copropriété et demandez l’autorisation au syndic. Certains immeubles interdisent purement cette technique ou imposent des vérifications par un bureau d’études.

Évaluer les autres impacts cachés : budget, confort, entretien au quotidien

Au-delà des aspects purement techniques, poser du carrelage sur du carrelage a des répercussions sur votre budget, votre confort d’usage et la facilité d’entretien. Certains inconvénients n’apparaissent qu’après coup, une fois la pièce réaménagée ou les factures réglées.

LIRE AUSSI  Ébénisterie et menuiserie : différences, métiers et choix des matériaux

Une économie de main-d’œuvre qui peut coûter plus cher à long terme

Sur le moment, éviter la dépose semble faire baisser la facture de main-d’œuvre et de location de matériel. Un carreleur facture généralement entre 40 et 60 euros par mètre carré pour une dépose complète, évacuation comprise. En gardant l’ancien carrelage, vous économisez cette somme et gagnez un à deux jours de chantier. Mais si la pose échoue, que le sol fissure ou doit être refait dans les deux ans, le coût global explose rapidement.

Vous devrez alors déposer les deux couches de carrelage, ce qui double le temps et la difficulté. Le nouveau carrelage, souvent choisi avec soin et payé plein prix, finit à la benne. Les frais de main-d’œuvre pour une reprise complète atteignent facilement 100 à 120 euros par mètre carré. Au final, l’économie initiale de 50 euros au mètre carré se transforme en surcoût de 70 euros. Investir davantage dans une préparation correcte du support peut donc être plus rentable que de chercher l’économie à tout prix.

Confort, acoustique et isolation : quel impact d’une surépaisseur au sol

Chaque nouvelle couche modifie la sensation au pas, la résonance de la pièce et parfois l’isolation thermique. Un sol qui monte de 10 millimètres peut sembler anodin, mais il change la hauteur des marches d’escalier, la position des interrupteurs et la proportion visuelle de la pièce. Dans une salle de bains, cela peut rendre l’accès à la douche moins confortable ou créer un effet de plafond bas.

L’acoustique se dégrade souvent. Deux couches de carrelage superposées créent une surface très rigide qui réfléchit le son au lieu de l’absorber. Les bruits de pas résonnent davantage, ce qui peut devenir gênant dans une chambre ou un salon. L’isolation thermique évolue aussi : en ajoutant de la masse au sol, vous augmentez légèrement l’inertie, ce qui peut être positif en hiver mais ralentit le refroidissement en été. Dans certains cas, comparer avec d’autres revêtements comme le vinyle ou un parquet flottant peut s’avérer pertinent si le confort acoustique ou thermique est une priorité.

Esthétique, joints alignés et finitions : les pièges d’un résultat décevant

Recouvrir un ancien carrelage impose de composer avec ses joints, ses niveaux et parfois ses défauts de planéité. Si la préparation est négligée, les nouveaux carreaux peuvent souligner les irrégularités ou créer des lignes visuellement désagréables. Les joints de l’ancien carrelage forment des creux qui télégraphient sous le nouveau revêtement. Résultat : on voit des lignes en relief qui suivent l’ancien calepinage, même avec des carreaux de grand format.

Un ragréage adapté devient alors indispensable, avec un produit fibreux qui comble les joints sans fissurer. Comptez 10 à 15 euros par mètre carré pour cette étape supplémentaire. Le calepinage doit aussi être réfléchi pour éviter que les joints anciens et nouveaux se superposent, ce qui fragiliserait l’ensemble. Dans les petites pièces ou avec des carreaux de formes complexes, cette contrainte limite vos choix esthétiques et peut vous obliger à opter pour des formats que vous n’aviez pas envisagés initialement.

Limiter les inconvénients : bonnes pratiques pour une pose carrelage sur carrelage réussie

poser du carrelage sur du carrelage inconvénients étapes préparation sol

Si, après analyse, vous décidez malgré tout de poser un carrelage sur un autre, il est possible d’en réduire nettement les risques. La clé réside dans une préparation rigoureuse, le choix de produits adaptés et quelques vérifications souvent négligées.

Comment préparer un ancien carrelage pour limiter les risques majeurs

Avant toute chose, testez l’adhérence des carreaux existants en tapotant chaque zone avec un maillet. Les carreaux sonnant creux doivent être retirés et les trous rebouchés avec un mortier de réparation. Passez ensuite une ponceuse équipée d’un disque abrasif grain 40 sur toute la surface pour créer des micro-rayures qui amélioreront l’accroche. Cette étape génère beaucoup de poussière : prévoyez une protection et une ventilation adaptées.

Un dégraissage soigneux est indispensable, surtout dans une cuisine où les graisses s’accumulent sur le sol. Utilisez un détergent alcalin type Saint-Marc dilué selon les recommandations du fabricant, puis rincez abondamment à l’eau claire. Laissez sécher au moins 24 heures. Appliquez ensuite un primaire d’accrochage spécifique pour carrelage sur carrelage. Ces produits, vendus entre 15 et 25 euros le litre, créent un pont d’adhérence chimique entre l’ancien et le nouveau revêtement. Respectez scrupuleusement le temps de séchage indiqué avant de commencer l’encollage.

LIRE AUSSI  Transformateur d’isolement : rôle, usages et critères de choix essentiels

Choix de la colle, format de carreaux et type de mortier de joint

Tous les mortiers-colles ne sont pas adaptés à la pose sur ancien carrelage. Privilégiez impérativement une colle classée C2S1 ou C2S2 selon la norme européenne EN 12004. Le « C2 » garantit une adhérence améliorée supérieure à 1 mégapascal, tandis que le « S1 » ou « S2 » indique une déformabilité qui absorbe les micro-mouvements du support. En pièce humide, vérifiez aussi la mention « améliorée » pour la résistance à l’eau.

Le format des carreaux a son importance. Les grands formats de type 60×60 centimètres ou plus répartissent mieux les contraintes mais nécessitent un support parfaitement plan. Si votre ancien carrelage présente des irrégularités supérieures à 3 millimètres, optez pour des formats moyens de 30×30 ou 40×40 centimètres, plus tolérants. Les joints doivent être choisis selon l’usage : un joint époxy sera plus résistant en douche, tandis qu’un joint ciment hydrofuge suffira pour une cuisine. Prévoyez une largeur de joint d’au moins 3 millimètres pour absorber les dilatations.

Type de pièce Colle recommandée Format de carreau conseillé Type de joint
Cuisine C2S1 déformable 30×30 à 45×45 cm Ciment hydrofuge
Salle de bains C2S2 extra-déformable 20×20 à 40×40 cm Époxy ou hydrofuge renforcé
Plancher chauffant C2S2 spécial chauffage 30×30 à 45×45 cm Souple, largeur 4 mm minimum

Faut-il faire intervenir un carreleur ou se lancer soi-même dans ce projet

Poser du carrelage sur du carrelage cumule plusieurs paramètres techniques qui exigent un vrai savoir-faire. Si vous avez des doutes sur la planéité, la solidité du support ou la compatibilité des produits, l’avis d’un carreleur peut éviter des erreurs coûteuses. Un professionnel saura diagnostiquer rapidement les zones à risque, choisir les bons produits et adapter sa technique aux contraintes de votre logement. Comptez entre 35 et 55 euros par mètre carré pour une pose seule, fournitures non comprises.

À l’inverse, pour une petite surface de moins de 10 mètres carrés, sur un support sain et bien diagnostiqué, un bricoleur soigneux peut envisager de se lancer. Vous devrez alors investir dans quelques outils spécifiques : carrelette ou coupe-carrelage électrique, niveau laser, spatule crantée et maillet. Prévoyez aussi du temps : là où un professionnel pose 15 à 20 mètres carrés par jour, vous en poserez probablement 5 à 8. L’essentiel est de ne pas sous-estimer la phase de préparation, qui représente 40% de la réussite du chantier, et de respecter scrupuleusement les consignes des fabricants de colle et de primaire.

Poser du carrelage sur du carrelage reste une solution rapide et économique en apparence, mais qui comporte de réels inconvénients techniques, esthétiques et budgétaires si les conditions ne sont pas réunies. La surépaisseur créée, les risques d’adhérence défaillante et les problèmes d’humidité en pièce d’eau sont autant de points à vérifier scrupuleusement avant de vous lancer. Dans de nombreuses situations, notamment sur support instable, en présence de plancher chauffant ou en copropriété, la dépose complète reste la solution la plus pérenne. Si vous décidez malgré tout de recouvrir l’existant, une préparation minutieuse, le choix de produits adaptés et parfois l’intervention d’un professionnel vous permettront de limiter les mauvaises surprises et de garantir la tenue dans le temps de votre nouveau sol.

Anaëlle Prévost-Castel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut